SPIRIT OF TRAIL Groupe Trail CA Balma

Profil

Didier Arnal-Brezun

Posté le 18/07/2017 à 23h14

Récit du GTVO par Lucie


Bip bip bip !!! … zzzzz… faut vraiment se lever ?
Pour remettre dans le contexte : il est 3 h du matin samedi 15 juillet… couchés à 22h, le même cauchemar en boucle pendant ces quelques heures de sommeil : je loupe le départ du GTVO, la course que je prépare depuis des mois, j'essaie de courir, je les vois partir jusqu'au dernier et je dois passer le sas pour déclencher la puce mais je n'y arrive, je m'étouffe… jusqu'à la sonnerie du réveil… pour aller faire cette p***** de course.

Levés 3h du mat' en famille, heureusement, Pierlo et Looper m'accompagnent direction Laruns pour un départ à 5h. Après les dernières courses depuis fin avril durant lesquelles j'avais pas mal souffert de la chaleur, j'essaie de relativiser. J'aurais la fraîcheur au moins quelques heures.

Le Grand Trail de la Vallée d'Ossau c'est 75km avec 5300m de D+ à faire en solo ou en relais (option que nous avons choisi sous l'insistance sans relâche de ma sœur).

5h00, le départ est lancé, au bout de la rue que nous parcourons, un feu d'artifice est tiré histoire de nous mettre la chair de poule. Mais pas très longtemps parce que je fais attention aux gars qui gesticulent en oubliant qu'ils ont des bâtons.
Là, au milieu du peloton, je me dis que c'est reposant de partir avec les solos psk ça part tranquille…
1km plus loin sur le début de la bosse relativement gentille à mon goût… paf ! ça marche déjà et on s'arrête à la moindre difficulté
Et là, je me dis que c'est un peu chiant de partir avec les solos… Mais l'ambiance est différente, détendue. Les coureurs sont là pour finir, il n'y a pas vraiment de requins, les cabris sont devant ou déjà en haut de la bosse.

Derrière on fait notre train, et lorsque la masse s'étire assez je me dégage du groupe pour ne pas m'endormir à cette allure trop économe. Je remonte le groupe jusqu'au 1er point d'eau (1000m D+) sur un plateau où nous découvrons le jour, la brume, la fraîcheur et le calme des pâturages.

J'ai 15' d'avance sur les prévisions. Je ne m'emballe pas et déroule le plan Viguier à la lettre, tout en profitant de l'avance pour une dérogation pipi (il en va de mes capacités abdominales, faut pas rigoler avec ça!) puis je repars.

La sensation est étrange mais agréable, je ne m'accroche pas à un coureur ou un groupe, il n'y a pas vraiment de bataille entre nous. Certains me rattrapent, j'en rattrape d'autres sans trop d'effort. Je suis encore en mode économie et je pense comme on m'a dit « le moment présent ».
Et quel moment.. Ca valait le coup de les monter ces 1200 m.
Nous débouchons au dessus d'une mer de nuages qui flotte sur la vallée ne laissant dépasser que les pics. Arrivée au sommet le soleil sort, c'est magnifique.

Pas trop le temps de regarder, les pâturages béarnais sont semés d’embûches ! Des cailloux, des trous, des « on voit pas où on met les pieds », le soleil en face ; nous enchaînons 4 petits mamelons avant de redescendre à pic sur le 2ième ravito. Sur le profil j'imaginais cette descente rapide, en vrai il en est autrement. L'herbe est trempée et ultra glissante et les quelques coureurs déjà passés ont laissé des traces. Je tombe une fois mais je vois le ravito au loin sur une piste, au milieu de rien.

J'y passe sans trop m'y attarder, je repars rapidement en marchant. Je vois sur le profil que ça monte encore un peu avant d'enchaîner une longue descente de 8km sur le ravito 3 où je dois retrouver Pierlo.
Mais je crois qu'il y a des erreurs d'échelle sur le profil imprimé sur le dossard parce que ça monte sacrément longtemps… Au bout de la piste nous basculons sur un énième vallon que nous contournons pour traverser un pierrier vertigineux, 2-3 grosses pierres avant de basculer enfin sur la descente tout aussi vertigineuse sur une centaine de mètres.

La suite est plus simple, nous restons sur la piste avec un peu de plat, il faut continuer à courir, c'est là que la différence se fait. Et bien que je ne cherche pas à rattraper qui que ce soit, ça fonctionne.

Nous arrivons sur un plateau avant de rentrer dans une forêt où des spectateurs nous indiquent que le ravito est à la sortie du bois. Je vais voir mon amoureux ! Mais d'abord je regarde ma montre : 4h de course dans ma bulle que je n'ai pas vu passées. Je ne me souviens pas avoir pensé à quelque chose de précis, ni la liste des courses (alimentaires), ni le programme du lendemain. 4h et je n'ai pas de couacs, tout va très bien.
Nous arrivons à la Chapelle d'Haoudas, sur la direction du Col de Marie Blanque pour les connaisseurs. L'ambiance est folle, les gens crient et encouragent comme s'ils me suivaient personnellement depuis le début. Je vois Pierlo au loin, mais j'applique le plan Viguier à la lettre, pas d'emballement. Je lui laisse mon sac qu'il rempli et je vais faire un tour au ravito. Heureusement il y a du kiwi car je n'ai envie de rien. Je me suis forcée à manger sur la fin, mais le sucre commence à me dégoûter.

10' d'avance sur les prévisions à mon arrivée, j'en garde 5' en repartant vers la dernière bosse : 585m de D+ que ma sœur m'avait décrit comme le bout du monde.
Je repars avec 2 coureurs du solo, nous montons à bon rythme avec des replats qui nous permettent de courir. Après 2 niveaux, nous atteignons une forêt où deux spectateurs nous informe que c'était la dernière bosse, maintenant ça descend vers Louvie-Juzon, le point de relais.

Un peu de frustration tout de même sur ce début de descente complètement trempée et boueuse. Je garde les bâtons et ne peux pas envoyer comme j'aime. Ce n'est pas grave, il faut sauver les meubles, d'autant que je croise un coureur avec une entorse et un autre qui s'est pris un rocher… Nous rejoignons une piste avant de replonger à travers la forêt humide elle aussi. Descente en épingle, je double beaucoup de monde. Je plis les bâtons et les range, ça devrait aller. En doublant les gars, j'ai l'impression qu'ils vont s'arrêter, qu'ils n'en peuvent plus et je me dis que le 75 km va être long…

J'ai passé 5h dans ma bulle à regarder et écouter ce qui se passait autour de moi, profiter des sensations et émotions différentes. Là je n'ai pas envie de m'endormir ou me lasser du bitume. Ma sœur m'attend un peu plus loin… « le moment présent »… il est sur une route…
Mais j'ai gardé le joker pour les coups durs, je mets la musique à fond pour m'isoler car je n'ai pas de doute que les séances de piste et de vitesse vont me servir sur ce type de relances.

Je dois rattraper 8 coureurs qui ont l'air de souffrir, je les encourage mais ils me regardent comme si nous ne faisons pas la même course et ont l'air de se demander d'où je sors et pourquoi je cours aussi vite…

J'ai l'impression d'être presque arrivée, même si mon GPS m’indique moins.
Je vois de plus en plus de monde qui applaudit et semble encourager, je n'entends rien mais j'entends tout. Ils ont l'air vraiment contents pour nous. J'ai rattrapé un petit groupe que je double sur le pont avant de passer dessous. Un zig, un zag, rue à droite, puis rue à gauche, avant de déboucher sur une aire de jeu, avec des enfants qui tendent les mains. Là, à ce moment là, on a toujours l'impression d'être un héros, surtout quand on n'arrive pas à l'agonie, que notre foulée ressemble encore à quelque chose d'athlétique (du mot « athlétisme »).

Dernier virage et je vois Looper avec Pierlo à l'autre bout de la laisse, il a l'air trop content pour moi, puis ma sœur en face qui attend.
Je passe la ligne, c'est fini, déjà…je me laisse faire : on me bipe, ma sœur me saute dans les bras et on m'arrache la puce qu'elle prend pour la seconde partie de course. Nouvelle vague d'émotions, je suis super contente et c'est peu de le dire, (encore) envie de pleurer…

5h52 pour boucler 39 km et 2563m D+, ma plus grosse course en fin de saison, que j'appréhendais après les mésaventures et la contre-performance caniculaires sur la dernière course. Je termine cette course avec 40' d'avance sur nos prévisions, sans pépin ni le souvenir d'être tombée.
Pour une fois, je crois que je suis un peu fière de moi.

Au final, ma sœur termine son tour de 36km avec 2600mD+ en 6h47, et vient nous classer 4ième équipe fille en conservant la place que je lui avais laissée.

Commentaires